Tudor Arghezi est avant tout un poète lyrique, hanté par les grands thèmes de la vie et de la mort, de la nature, de l'amour et du mystère de l'être. Toute sa poésie garde la trace de son passage dans les ordres religieux – on notera le grand nombre de ses poèmes intitulés « Psaume » ou « Spirituelle » – soit qu'une nostalgie de la foi perdue s'y exprime, soit que l'ancienne croyance se métamorphose en blasphème. Arghezi était en outre un pamphlétaire né, un poète d'opposition, prêt à tout stigmatiser, l'objectif étant parfois éclipsé par la virulence mise à l'atteindre, ainsi que dans les caricatures de Daumier où la critique des gens de robe s'émousse au profit des jeux de physionomie ou des effets de manches.
1. De la terre à l'Église
Tudor Arghezi est né à Bucarest dans une famille paysanne. À onze ans, il s'engage dans une vie aventureuse. Il donne, âgé de douze ans, des leçons d'algèbre, travaille chez un tailleur de pierre, devient secrétaire d'une galerie de peinture, puis entre comme laborantin à la fabrique de sucre de Chitila et se trouve nommé, à dix-huit ans, directeur du laboratoire. À partir de 1896, il publie des vers dans Liga ortodoxă (« La Ligue orthodoxe »), journal d'Alexandru Macedonski, poète symboliste, dont il subit l'influence. En 1899, il se fait moine au monastère de Cernica, puis est attaché comme diacre au clergé de la métropolie – de la cathédrale. Il devient le filleul spirituel du métropolite, Iosif Gherghian. Il fonde alors, avec V. Demetrius, la revue Linia dreaptă (« La Ligne droite »), où il publie un cycle de poèmes, Agate negre (« Les Agates noires »), qu'il se refusera d'ailleurs à insérer dans ses recueils ultérieurs. Il est envoyé à Fribourg, en Suisse, pour parfaire ses études de théologie. Le choix de cette ville et de la Faculté catholique, où Tudor Arghezi s'inscrit, peut surprendre. Il s'explique si l'on pense que le métropolite Gherghian avait de telles sympathies pour le catholicisme qu'il s'y était converti en secret – on ne le sut qu'à […]
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