6. La France : solitude et création
Les Efron partent le 31 octobre 1925 pour la France où ils séjourneront – le père et la fille jusqu'en 1937, la mère et le fils jusqu'en 1939. La famille habitera successivement Meudon (1925-1931), Clamart (1931-1934), Vanves (1934), Issy-les-Moulineaux (1937) ; Tsvétaïéva, restée seule en France avec son fils, achèvera son séjour dans une chambre d'hôtel du boulevard Pasteur (1938-1939). Ces déménagements fréquents, en quête d'un loyer toujours moins cher, ne sont qu'un aspect de tracas domestiques qui ont harcelé Tsvétaïéva.
Solitude littéraire : les écrivains de l'émigration sont traités par elle de « pâles reliques ». Loin du poète russe qu'elle préfère – Pasternak –, et de son amie tchèque, Tsvétaïéva leur écrit de nombreuses lettres au point d'être l'auteur d'une véritable œuvre épistolaire, digne de sa prose lyrique.
À Pasternak, qu'elle adore à distance, elle dédie deux longs poèmes en 1926 : Envoyé de la mer et Tentative de chambre. C'est par son intermédiaire qu'elle entre en relation épistolaire avec Rilke : sans jamais se rencontrer réellement, les deux poètes échangent durant quelques mois de l'année 1926 des lettres fiévreuses, exaltées par le sentiment d'une reconnaissance mutuelle, d'une passion semblable pour la poésie ou plutôt pour l'inspiration poétique et, comme souvent, Tsvétaïéva submerge Rilke de son amour. Après la mort de celui-ci, en décembre 1926, elle lui dédie un poème, Lettre de Nouvel An (février 1927) : Tsvétaïéva s'adresse à Rilke dans l'autre monde sur un ton de haute rhétorique, dialogue intime et hallucinant avec l'absent.
En 1935, à l'occasion d'un congrès d'écrivains à Paris, se produit la rencontre tant attendue avec Pasternak : c'est un échec ; cette entrevue laisse à Tsvétaïéva le sentiment d'une « non-rencontre ». Ses relations avec autrui, toujours paroxystiques, sont vécues sur le mode de flambées imaginaires qui, un jour, « se brisent contre le quotidien », selon l'expression de Maïakovski ; la vie quotid […]
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