4. Passions
Son premier recueil de poèmes, L'Album du soir, paraît en 1910, salué par le poète Max Volochine, chez qui Tsvétaïéva rencontre son futur mari, Serguéï Efron, à Koktebel, et dont elle décide, quoi qu'il arrive, de ne jamais se séparer. 1912 voit la naissance de sa fille, Ariadna, la parution de son second livre de poèmes, La Lanterne magique, et la mort de son père (le 30 août).
Quand éclate la Première Guerre mondiale, Serguéï Efron part pour le front comme infirmier. En 1917, il se bat dans les rangs de l'Armée blanche. Cet engagement sera déterminant pour la destinée de la famille Efron et de Marina Tsvétaïéva en particulier. Celle-ci écrit la même année un recueil de poèmes à la gloire de l'Armée blanche : Le Camp des cygnes. Avec l'impétuosité qui la caractérise, Tsvétaïéva épouse la cause de la contre-révolution (pour elle, être révolutionnaire, c'est être contre les Rouges), valorisant l'héroïsme des perdants et les sentiments de loyauté à l'égard de la famille impériale. Elle restera fidèle à ce choix.
En 1917, paraît le recueil Verstes, tandis qu'elle donne naissance à sa seconde fille, Irina, qui mourra de faim trois ans plus tard (le 20 février 1920). Sans nouvelles de son mari, Tsvétaïéva passe trois années misérables à Moscou. Employée cinq mois et demi au Narkomnats (Commissariat populaire aux nationalités) – courte tentative d'insertion sociale dont elle fera un récit sarcastique (Mes emplois) –, Tsvétaïéva se rend compte qu'il lui est impossible de se consacrer à autre chose qu'à son travail littéraire. Aussi passera-t-elle toute sa vie dans le besoin, mais sans jamais cesser d'écrire.
Durant ces années moscovites, Tsvétaïéva, liée aux milieux du théâtre Vakhtangov, s'éprend passionnément de l'acteur Youri Zavadski, héros d'une pièce, La Tempête, qu'elle écrit alors, et de la jeune actrice Sonia Holliday (après la mort de celle-ci, elle écrira son Histoire de Soniétchka, en 1938). Sa vie entière sera jalonnée de passions grandioses pour des personnes connues (par exemple, le vieux prince Volkonski), ou seulement entrevues (l'acteur Stakhovitch), pour des poètes présents (Mandelstam à qui elle « offre » sa ville, Moscou, lors de longues promenades à pied et dans ses poèmes) ou morts (le cycle de poèmes À Blok, après la mort du poète en 1921).
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