Marina Tsvétaïéva est une des voix les plus fortes de la poésie russe du xxe siècle. On ne le sait pas encore ; ce n'est que dans les années 1980 que sa notoriété s'affirme en France et que Tsvétaïéva prend place aux côtés de Pasternak, Maïakovski, Mandelstam, Akhmatova, ses contemporains. Cette longue méconnaissance (son premier recueil important ne paraît à Moscou qu'en 1965) est un des signes de l'isolement tragique qui a marqué d'un bout à l'autre son itinéraire : l'affrontement cruel d'une personnalité lyrique passionnée qui ne répondait qu'à la dictée de son tempérament et de l'époque révolutionnaire avec ses exigences d'engagement idéologique.
Pour rejoindre son mari, ancien officier de l'Armée blanche, Tsvétaïéva quitte son pays en 1922 et vivra dix-sept ans d'exil – dont quatorze en France – dans des conditions matérielles et morales douloureuses.
Elle ne se reconnaît nullement dans les milieux littéraires de l'émigration qui, d'ailleurs, la rejettent. À propos de son œuvre, Pérékop, elle écrit à son amie tchèque, Anna Teskova : « Personne n'en veut. Pour la droite c'est trop à gauche quant à la forme, pour la gauche c'est trop à droite quant au contenu. » Saluée par les symbolistes à ses débuts, son œuvre participe du tourbillon créateur des années révolutionnaires, bien que Tsvétaïéva n'ait adhéré à aucun des courants poétiques constitués au début du xxe siècle (acméisme, futurisme, etc.).
C'est, paradoxalement, de Maïakovski – lui qui incarne la figure légendaire du poète révolutionnaire – que Tsvétaïéva est le plus proche, par son lyrisme monumental, l'intransigeance de son éthique, la dimension orale de sa poésie, le goût du matériau sonore et la pulvérisation des rythmes traditionnels.
En France, Tsvétaïéva résume ainsi sa tragédie : « Ici je suis inutile. Là-bas je suis impossible. » Exilée de partout, incomprise de ses proches (sa fille et surtout son mari, rapidement devenu prosoviétique, ne songent qu'à regagner le « sol natal »), accueillie en étrang […]
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