Le tsaddīq (juste) est, à côté du talmid hakam (l'érudit) et du ḥassid (l'homme pieux), un des grands types idéaux de l'éthique juive. Alors que le talmid hakam représente la valeur menée à sa perfection, le tsaddīq et le ḥassid incarnent des valeurs éthiques liées au cœur et aux actions de l'homme. Tsaddīq est un terme juridique, désignant à l'origine l'homme qui a été traîné en justice et reconnu innocent même aux yeux de Dieu. Il est celui qui fait de son mieux pour accomplir toute la Torah dans la mesure où cela lui est possible, sans être doté d'aucune grâce spéciale. C'est l'idéal de tout juif normal. Chacun est appelé selon ses capacités à devenir tel, même s'il n'est pas question de réussite intégrale. Il y a là recherche d'un équilibre, d'un contrôle de soi, d'une certaine conduite harmonieuse. Pour la mystique juive, le tsaddīq d'en bas est la réplique du juste d'en haut. Il est l'être capable de mettre chaque chose à sa juste place dans le monde, ce qui, pris au sérieux, ne signifie rien de moins que de faire venir le Messie. Le monde messianique se définit précisément comme un monde où tout serait véritablement à sa place.
Le ḥassid représente par rapport au tsaddīq un type d'homme exceptionnel qui pousse les choses à l'extrême. Il ne se contente pas de la norme commune, mais va au-delà de ce qui est exigé par la lettre. Il est enthousiaste, radical et s'engage de toutes les fibres de son cœur. Cette note de radicalisme est toujours présente dans la ḥassidūt, ainsi qu'on peut le voir chez les piétistes rhénans du Moyen Âge. Au demeurant, on naît plutôt ḥassid qu'on ne le devient, cet état ayant affaire avec une certaine grâce.
Dans le mouvement hassidique qui se répandit en Podolie et en Volhynie au xviiie siècle, une curieuse métamorphose des termes se produisit. En effet, la société hassidique polonaise se caractérisait par l'organisation de groupements hassidiques autour d'une sorte de saint juif : le tsaddīq. Mais le tsaddīq, en ce sens hassidique, ne ressemble en rien au ts […]
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