2. Du vraisemblable au sublime
Concernant l'Histoire, le vrai, le vraisemblable, le nécessaire, Corneille affirme que l'auteur doit donner l'impression au spectateur qu'il assiste au déroulement d'une action véritable dont la catastrophe doit être reculée le plus loin possible dans l'ordonnance de la pièce (Cinna étant le plus bel exemple). Au travers des complexités et des péripéties, qui la diffèrent, et de séquences qui doivent toutes être rattachées au sujet principal – comme les seconds personnages doivent tous être placés dans un rapport étroit avec le « premier acteur » –, l'action peut ainsi aboutir à un dénouement frappant et pathétique. Toutefois, il lui faut, d'une part, être disposée afin d'impliquer le spectateur : les actions sont ainsi mises en place dans un rapport de nécessité interne qui doit impérativement mener au dénouement. Elle doit, d'autre part, faire appel aux connaissances historiques du spectateur. C'est pourquoi le recours à l'Histoire et à ses faits extraordinaires, pourvu qu'ils soient célèbres, n'aura rien d'invraisemblable (et là Corneille s'oppose à d'Aubignac). Il autorise au contraire la représentation de grandes actions qui permettent le pathétique et créent le sublime. En d'autres termes, la « vérité » de l'Histoire, en ce qu'elle a d'exceptionnel, est encore plus vraisemblable que la vraisemblance communément admise, et c'est en cela qu'elle est nécessaire et intéressante. Cependant, l'Histoire pourra elle-même être rendue plus terrible et plus admirable si l'on accentue certains traits, si l'on falsifie quelques actions, ou si l'on invente quelques personnages vraisemblables, à la condition que ces ajouts ne choquent pas la connaissance que l'on a de la fable garantie par l'Histoire.
Pour les tragédies merveilleuses, enfin, il suffira de prendre toute la mesure de la vraisemblance qui unit, dans une sorte de contrat, le public et l'auteur sur ce que l'on peut croire ou non : « Tout ce que la Fable nous dit de ses Dieux, et de ses m […]
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