4. Un couple mythique
Dès le Moyen Âge, Tristan et Yseut sont entrés dans le cercle des amants mythiques. Mieux que le couple formé par Lancelot et Guenièvre, dont la passion s'épure dans l'absence et l'errance, leur histoire interroge la valeur et la place de l'amour dans une société donnée. La réponse des écrivains médiévaux est aussi moralisante que désespérée. Il faut attendre la fin du xixe siècle et le Tristan und Isolde de Wagner (1865), qui a si fortement influencé les réécritures modernes, pour que la passion selon Tristan entre en résonance avec un nouvel imaginaire de l'amour et de la mort diffusé par le romantisme et se transforme en hymne à l'amour absolu, interdit ici-bas, sublimé dans la nuit. En France, l'histoire des amants de Cornouaille, telle que la recompose librement Joseph Bédier au début du xxe siècle à partir des différentes versions médiévales, a fortement contribué à la redécouverte du « beau conte d'amour et de mort ». On en trouve la trace directe dans le film de Jean Cocteau, L'Éternel Retour (1942). Mais la fascination qu'a exercée le mythe revu et corrigé par Wagner se manifeste mieux encore, au long du xxe siècle, dans des œuvres qui en ont délibérément ouvert et déplacé le sens. Ainsi de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy (1902) tiré du livret de Maeterlinck, de Partage de Midi de Paul Claudel (première représentation en 1948), de Belle du Seigneur d'Albert Cohen (1968), ou encore du film de François Truffaut, La Femme d'à côté (1981).
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