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TRISTAN ET YSEUT

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2.  Un scénario complexe

Tristan est sans doute à l'origine un héros picte, Drystan ou Trystan. Mais les différents peuples celtiques ont contribué à mettre en forme une histoire d'abord fondée sur un scénario mythique très répandu : un héros est chargé par un roi qui le craint d'une mission impossible – tuer un monstre, par exemple. Sa récompense est le plus souvent la jeune fille qu'il a délivrée. Or, Tristan devient bien un héros en tuant le Morholt et en libérant ainsi la Cornouaille de l'horrible tribut qu'elle devait au géant (le pays devait lui abandonner un enfant sur trois), puis en obtenant comme prix de sa victoire sur le dragon la princesse d'Irlande que doit épouser Marc, roi de Cornouaille et oncle du héros. Mais tout bascule avec l'absorption du philtre, du « vin herbé » initialement destiné à Marc, qui fait d'un brillant guerrier la victime d'un amour interdit. Des sagas irlandaises comme celle des amours contraintes de Diarmaid et de Grainne ont dû contribuer à cette déviation du scénario mythique, causée par un pouvoir magique. Le château de Tintagel, dressé sur la côte nord-ouest de la Cornouaille face à cette Irlande ennemie d'où vient précisément Yseut, la nièce du Morholt, a joué un rôle important dans la localisation de la légende. La Bretagne continentale a été ensuite utilisée comme lieu de l'exil, nécessaire à la poursuite du récit ; y sont liés les motifs du mariage du héros avec Yseut aux Blanches Mains, de ses « retours » auprès d'Yseut la reine, et de la mort du couple. Surtout, le jeu de mot Tristan/triste que fait la mère de l'enfant en mourant de le mettre au monde a joué un rôle décisif, qui a déterminé le programme narratif d'un héros, puis d'un couple, d'emblée voué à la « tristesse » et confronté jusqu'à la mort à des épreuves de toutes sortes. Programme paradoxal et dérangeant au xiie siècle, alors que la fin'amor s'impose comme modèle utopique d'un amour qui incite à devenir meilleur –  meilleur poète, meilleur chevalier – et dont la récompense est l'expérience de la « joie » (le joy des troubadours).

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