1. « Conter de Tristan »
La forme la plus ancienne de la légende, ce que Béroul et la critique à sa suite appellent l'estoire, est représentée par la version complète, en moyen haut allemand, d'Eilhart d'Oberg (vers 1170) et le fragment en français de Béroul (4 500 vv., vers 1180). Cette estoire est déjà profondément remaniée dans la version de Thomas d'Angleterre (vers 1170-1175) dont ne subsistent que des fragments (environ 3 300 vv.). Le récit en prose norroise de Frère Robert en donne au début du xiiie siècle une version complète, mais très abrégée. Au tout début du xiiie siècle, le poète allemand Gottfried de Strasbourg retravaille le récit de Thomas dans une tonalité imprégnée de la doctrine courtoise de la fin'amor. L'œuvre est inachevée. La seule version française complète est, au xiiie siècle, l'immense Roman de Tristan en prose qui intègre l'histoire de Tristan dans le cycle arthurien, faisant de lui un chevalier de la Table ronde, rival de Lancelot, quêteur désabusé du saint Graal. C'est par ce best-seller de la littérature médiévale que s'est perpétuée jusqu'au xvie siècle, dans les livres imprimés, l'histoire de Tristan et Yseut, les versions en vers n'ayant été redécouvertes et éditées qu'à partir du xixe siècle. Le roman en prose est à l'origine des versions italiennes (la plus célèbre est la Tavola Ritonda, après 1325) et, au xve siècle, des livres VIII à XII de la somme arthurienne de Thomas Malory, La Mort d'Arthur. En anglais, le poème strophique Sir Tristem (fin xiiie-début xive) est le premier texte médiéval sur Tristan à avoir été édité, en 1804, dans sa forme originale – et abondamment commenté – par Walter Scott.
La matière du Tristan a constitué au Moyen Âge une sorte de laboratoire de l'écriture romanesque. On voit coexister dès le xiie siècle romans et récits brefs en vers. Ces derniers – le Lai du Chèvrefeuille de Marie de France (vers 1160-1180) et les deux Folies Tristan (fin xiie-début xiii< […]
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