4. Le tribalisme dans la société contemporaine
• Les luttes sociales
Les anthropologues et les sociologues perçoivent encore à peine les dimensions inédites du tribalisme en liaison avec les luttes sociales ; ses rapports avec les tribalismes originels ou les tribalismes reconstitués de l'époque coloniale sont, de ce point de vue, des plus ténus. D'après J. Lombard, les contradictions sociales risquent de prendre et d'utiliser une forme tribale lorsqu'il y a deux ou trois grandes ethnies majoritaires à l'intérieur du cadre national. Dans les cas où c'est un seul groupe ethno-culturel qui domine ou au contraire une multiplicité d'ethnies qui s'équilibrent, l'argument tribaliste a moins de chances de prévaloir. Pour P. Mercier et P. L. van den Berghe, c'est la rareté des ressources et donc la lutte pour le pouvoir et les richesses qui expliquent les conflits ethniques et tribaux. C'est surtout au sein des classes privilégiées que la compétition prend ce caractère.
Il n'est pas évident que ce tribalisme empêche le développement de classes sociales et l'apparition d'une conscience de classe. Certains anthropologues pensent même que le tribalisme offre à l'heure actuelle un des moyens les plus efficaces de domination idéologique à certaines classes sociales : bourgeoisie naissante, bureaucratie. Ce tribalisme s'intègre à leur tactique politique ; il mobilise une masse de manœuvre et fait diversion ; il est mystificateur. Il n'exprime donc plus du tout l'ensemble des caractéristiques et des intérêts d'un groupe tribal ou de son élite politique et économique traditionnelle. Au contraire, ce nouveau tribalisme est plutôt une idéologie de classe. Son particularisme est sans doute trompeur, mais il provient du fait que seul un tribalisme peut toucher les groupes et classes dominés : il est la traduction obligée de la domination, si elle veut se maintenir et s'étendre.
L'histoire récente du Nigeria et la sécession ratée du Biafra le démontrent bien. C'est le processus colonial qui, par la scolarisation massiv […]
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