2. Valorisation-dévalorisation du travail
La mise en place de la réduction du temps de travail a-t-elle accentué une tendance à la dévalorisation du travail à l'œuvre dans nos sociétés, qui se caractériserait par un moindre attachement des individus au travail, ou encore par une structuration de l'identité individuelle par d'autres éléments que le seul travail ? Pour répondre à cette question, une perspective longue s'impose. Or, en adoptant une telle perspective, on constate que le travail n'a été valorisé que depuis peu, réellement et massivement depuis le xviiie siècle, notre époque moderne pouvant à juste titre être considérée comme portant à leur apogée les « sociétés fondées sur le travail », selon l'expression de Jürgen Habermas (1985).
• Des sociétés sans travail ?
Nombreux, en effet, sont les textes se rapportant aux modes de vie des sociétés pré-économiques (dites primitives) qui mettent en évidence l'impossibilité de trouver une signification identique au terme « travail » employé par les différentes sociétés étudiées, « certaines d'entre elles n'ayant pas même de mot distinct pour distinguer les activités productives des autres comportements humains et ne disposant d'aucun terme ou notion qui synthétiserait l'idée de travail en général » (Marie-Noëlle Chamoux, 1994). Certaines sociétés ont une conception très extensive du travail alors que d'autres ne désignent par ce terme que les activités non productives. De manière générale, la recherche de moyens permettant la subsistance et la satisfaction des besoins ne s'inscrit pas dans un processus indéfini tendant à une abondance jamais atteinte ; elle n'occupe au contraire qu'une petite partie du temps et des intérêts des peuples considérés. Par ailleurs, on ne trouve nulle part, liées dans un même et unique concept, l'ensemble des notions et des significations auxquelles notre concept de travail renvoie (peine, transformation de la nature, création de valeur...).
Il en va de même pour l'époque grecque archaïque et cl […]
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