Les progrès incessants de la médecine permettant la transformation corporelle et la diffusion par les médias de témoignages de sujets opérés qui ont obtenu leur changement d'état civil ne doivent pas faire croire que le transsexualisme est seulement un phénomène de société et d'époque. Il s'agit d'un trouble profond de la personnalité et de l'identité sexuée qui relève de la psychiatrie et de la psychanalyse. Le transsexualisme est la conviction précoce, inébranlable, chez un sujet biologiquement normal, d'appartenir au sexe opposé. Il n'est pas une résurgence de la maladie des Scythes qu'évoquaient Hippocrate et Hérodote et qui était probablement d'origine endocrinienne. Ce n'est pas davantage une reviviscence des castrats de l'Italie du xviiie siècle, ni un renouveau de la secte russe des Skoptzy. La reconnaissance par certaines sociétés d'un statut social pour ce « troisième sexe » a pu être remarquée et étudiée depuis assez longtemps.. Ainsi en Inde les Hijras forment-ils une caste à la fois reconnue et méprisée. Les berdaches d'Amérique du Nord et de Sibérie sont protégés par le groupe. Il en va de même chez les Inuit. Il reste que le transsexualisme est une perturbation rare qui affecte des individus. S'il concerne tant nos sociétés contemporaines, cela tient aux aspects médico-légaux de son traitement et aux problèmes éthiques qu'il soulève, au même titre, par exemple, que la procréation artificielle.
1. Naissance d'une entité pathologique
Des troubles s'apparentant au transsexualisme existaient certainement déjà dans l'Antiquité, mais ils n'entraient pas dans le champ médical, car, jusqu'au xixe siècle, les comportements déviants et notamment sexuellement déviants relevaient de la compétence des juristes et des hommes d'Église. C'est, sans doute, Jean Esquirol qui décrit en 1838 le premier cas de transsexualisme dans son ouvrage intitulé Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, mais il fut classé dans les monomanies, puisque […]
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