3. Une « notion de l'art comme accidentalité non planifiée »
Le réel talent, les capacités de renouvellement de certains des artistes de la trans-avant-garde, qui ont accepté le postulat selon lequel aucune véritable avant-garde, au sens plein de ce mot, ne peut plus surgir dans l'histoire, ne permet pas de condamner à l'avance ce qu'ils pourraient proposer demain, fût-ce en contradiction avec leurs présupposés initiaux. La fidélité à une idéologie, quelle qu'elle soit, n'est pas ce qui les préoccupe, mais un tranquille cynisme peut les inciter à regagner d'autres terrains, s'ils le jugent inopportunément perdu pour eux. Ils auront alors à lutter contre la réputation grandissante des artistes européens des générations qui les ont précédés, et qui leur ont préparé le terrain sans en tirer des bénéfices outrecuidants, par exemple celle de Fahlström, Baruchello, Broodthaers, Erró et Rancillac, qui furent parmi les tout premiers à introduire les images de la bande dessinée dans l'art pictural moderne. Rien ne permet d'affirmer qu'il n'y a pas de justice immanente dans l'histoire de l'art moderne, et que les artistes des années 1960, qui ont renouvelé le concept de modernité au xxe siècle, ne triomphent pas finalement des suiveurs qui ont voulu capitaliser leurs leçons. La « notion de l'art comme catastrophe, comme accidentalité non planifiée », liée à la « catastrophe généralisée de la vie », telle que Achille Bonito Oliva l'a érigée en principe de la trans-avant-garde, peut un jour ou l'autre se retourner contre ses adeptes. Cette théorie a influencé, bien au-delà des talentueux artistes qui font partie de ce mouvement, la communauté artistique internationale depuis le début des années 1980 et a suscité, parmi les artistes plus jeunes, le phénomène de rejet qui était prévisible dès sa récupération médiatique. L'exposition Transavanguardia de la galerie Gian Ferrari Arte Contemporama de Milan (1992-1993) constitue déjà un témoignage historigraphique du mouvement (Sciamano stupido, 1990, de Mimmo Paladino, ou Testa dell'artista ribelle cosmico, 1989, de Nicola De Maria), les artistes retournant à leur expression singulière, chacun puisant son inspiration dans ses références artistiques propres.
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