2. Un politique
Le « meilleur des princes » exerce sa charge dans une monarchie absolue : sans cette évidence fondamentale, on ne peut pas comprendre la vie de l'État romain. Et il semble même que cet absolutisme ait été renforcé à partir de 112, quand s'annonça la guerre contre les Parthes. Chef des armées, l'imperator commande de manière concrète ; il se met à la tête de l'état-major et décide de tout en dernier ressort : cette monarchie absolue est donc aussi une monarchie militaire. Mais point de pouvoir solitaire : le souverain s'entoure d'« amis », titre officiel donné aux conseillers qu'il s'est choisis. Les uns se spécialisent plutôt dans le domaine militaire ; on les a appelés les « maréchaux », par analogie avec les lieutenants de Napoléon Ier : ce sont Licinius Sura, Cornelius Palma, Lusius Quietus et même, dans une certaine mesure, Hadrien, qui a néanmoins montré par la suite plus de goût pour la paix. D'autres manifestent des compétences particulières pour les affaires civiles. On pense ici au cercle de Pline le Jeune, où gravitaient les historiens Suétone et Tacite, et qui était imprégné du probabilisme de la Nouvelle Académie ; cette doctrine philosophique enseignait un scepticisme de bon ton, condamnait les attitudes trop tranchées et les certitudes absolues. On ne sera pas étonné d'apprendre que Trajan lui-même témoignait plus de sympathie à l'austère et héroïque stoïcisme.
De fait, l'empereur ne doit pas être caricaturé sous les traits d'un matamore : son action est fondée sur une théorie qui peut être connue à travers la propagande qu'elle a engendrée. À cet égard, d'ailleurs, il n'innove pas totalement ; depuis l'époque d'Auguste, ses prédécesseurs avaient pris l'habitude d'exprimer la conception qu'ils se faisaient de leur rôle à travers leurs titulatures ; celles-ci, passablement stéréotypées sous le Haut-Empire, sont portées sur les monnaies et surtout sur les inscriptions. Un texte, gravé en 114 dans le sud de l'Espagne, permet de saisir de manière concrète cette idéologie : « Les […]
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