La parution en l'an IX de la République (septembre 1800) du Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie de Philippe Pinel (1745-1826) représente une révolution épistémologique qui date la naissance de la psychiatrie, en raison des contextes socio-politique et scientifico-culturel qui l'entourent. La carrière de Pinel, docteur de la faculté de Toulouse monté à Paris en 1778, n'avait pu se poursuivre dans la capitale comme il l'espérait, les règles alors en vigueur limitant le plein exercice de la médecine aux seuls diplômés de la faculté locale. Républicain modéré, il est nommé au moment de la Première Terreur, grâce à Thouret (1768-1810), médecin des infirmeries de Bicêtre.
1. Du geste à l'écrit
Exerçant ses fonctions de septembre 1793 à avril 1795 dans cet hospice réservé aux hommes, il peut apprécier les résultats obtenus grâce à sa seule autorité morale par Pussin (1746-1811), surveillant du « 7e emploi », le service où étaient enfermés les fous. Ce dernier parviendra en prairial de l'an V (avril 1797) à supprimer l'usage des chaînes jusque-là utilisées pour maintenir les furieux. Entre-temps Pinel avait été nommé en nivôse de l'an III (décembre 1794) professeur de physique médicale à l'École de médecine de Paris, créée pour remplacer la Faculté royale abolie ; puis, « médecin en chef de l'Hospice national des femmes, ci-devant la Salpêtrière ». Pinel finira par obtenir que Pussin soit muté dans cet hospice où l'enchaînement des folles est aboli en 1800, l'année même où paraît le Traité. Celui-ci avait été précédé en 1798 de la première édition de la Nosographie philosophique, ou la Méthode de l'analyse appliquée à la médecine, ouvrage didactique dont le succès fait se succéder six éditions jusqu'en 1818. Les révisions apportées par Pinel à la quatrième classe de la Nosographie, celle des « Névroses », dont le premier ordre est celui des « Vésanies ou égarements d'esprit non fébriles », dans la troisième et la quatrième édition de l'ouvrage (1807 et 1820), s'intercalent entre les deux éditions du […]
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