Publié alors que George Berkeley (1685-1753), futur évêque de Cloyne, n'a que vingt-cinq ans, le Traité des principes de la connaissance humaine ne rencontra pas le succès que la postérité sut lui reconnaître. Berkeley part d'une évidence : les mots nous voilent la réalité. Plus que tout autre, celui de « matière » ne répond en rien à notre expérience : nous n'avons d'autre rapport à ce qui est que ce que nous percevons : « Être c'est être perçu » (Esse est percipi). Un empirisme immatérialiste, critique tout à la fois envers Locke et le rationalisme, doublé d'un nominalisme qui mène droit à une théorie originale de la signification, caractérise d'abord la pensée de Berkeley.
1. Le rideau du langage
Œuvre paradoxale : on crut lors de sa parution à une plaisanterie, Berkeley ne voulait pourtant que retrouver le sol ferme du sens commun que les philosophes – Descartes, voire Locke – avaient paru abandonner. Mais comment concilier les exigences du sens commun avec l'affirmation de l'inexistence de la substance matérielle et avec celle de la fallacité des idées générales ? Tout vient, selon Berkeley, du mauvais usage de la parole. La plus sûre méthode consistera donc à s'entendre sur ce que parler veut dire. Il faut « tirer le rideau des mots pour voir le magnifique arbre de la connaissance ». Certes, il existe des idées générales mais l'on ne peut passer de celles-ci aux réalités qu'elles sont censées désigner sans opérer un coup de force ruineux pour la vérité. Le général n'est jamais qu'un leurre commode pour faire le tri entre nos idées. Il ne désigne en rien la réalité qui, elle, est toujours particulière, individuelle. Les mots communs ne sont rien d'autre que d'utiles fictions et ne doivent être confondus en aucun cas avec les idées que nous donnent nos sens.
La structure du Traité est peu précise. Dans les 156 paragraphes que comporte cette œuvre, extrêmement dense, il est toutefois possible de distinguer trois séquences : la première (paragr. 1-33) expose de façon tr […]
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