2. Les survivances
Le tour d'horizon des institutions les plus qualifiées pour connaître des questions relatives à la traite des personnes laisse une curieuse impression. Alors que toutes consacrent une partie de leurs efforts à lutter contre l'esclavagisme à travers le monde, elles n'énoncent pourtant aucun cas formel et ne semblent pas en possession d'informations précises. Il ne faudrait pas en déduire pour autant que leurs alarmes sont dépourvues de fondement.
La traite a pratiquement disparu sous sa forme tristement connue, c'est-à-dire l'achat et le transfert d'êtres humains à travers les continents. On assure toutefois, sans que la preuve péremptoire soit faite, que le trafic d'esclaves au profit du Moyen-Orient se perpétuerait à l'occasion des annuels pèlerinages à la Mecque. Organisés dans toute l'Afrique noire musulmane, ils drainent nombre de fidèles dans les charters spécialement affrétés ; pour certains d'entre eux, le voyage serait sans retour. Il est certain que des actes mercantiles sur les personnes existent encore dans les régions du monde les plus déshéritées, rendus possibles par la misère, le manque de travail et les moyens dérisoires de défense des individus qui en sont victimes.
Mais les cas qui agitent l'opinion internationale concernent avant tout des abus analogues à l'esclavage. Il s'agit de la servitude pour dettes, du servage, du mariage forcé des filles contre espèces ou dons en nature, enfin, parfois, de l'adoption truquée d'enfants en vue de l'exploitation de leur travail. Il faut être bien conscient que ces habitudes ne sont pas considérées comme foncièrement répréhensibles par tous les États, en Afrique, en Asie, et qu'une forme de servage est toujours en vigueur dans des régions d'Amérique du Sud. Les gouvernements intéressés ne marquent aucun empressement à révéler et à éliminer ces pratiques, ouvertes ou clandestines, car la loi pénale ne les sanctionne pas toujours et elles fournissent une apparence de solution à leurs problèmes économiques […]
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