2. Une volonté de rigueur monétaire
Le traité s'inscrit dans la production intellectuelle que suscite la situation critique de la France du xive siècle : désastres militaires à répétition, déroute économique et famine dont la grande jacquerie de 1358 est la conséquence la plus spectaculaire, crise monétaire marquée depuis la fin du xiiie siècle par une succession de déflations et de hausses brutales des prix, désordre politique dont le paroxysme est atteint lors de la tentative de sédition d'Étienne Marcel ; tout concourt à l'affaissement du royaume.
Cette époque troublée réclame des réformes, la remise en cause des schémas intellectuels hérités du xiiie siècle. Dans un monde dominé par l'aristotélisme thomiste des dominicains, Oresme appartient au groupe des réformateurs nominalistes franciscains dont le chef de file français est Jean Buridan.
Les débats entre nominalistes et thomistes portent sur de multiples sujets qui dérivent tous de la célèbre « querelle des universaux ». À l'occasion de cette querelle, les thomistes défendent une vision de la politique où le pouvoir se centre sur l'Église et sur le prince, son bras séculier. Sur le plan monétaire, cela signifie que ces autorités disposent à leur guise de la monnaie qui fait partie des moyens d'asseoir un pouvoir qu'ils tiennent de choix divins. Les nominalistes incarnent une vision plus démocratique et plus nationale de la société. Ils affirment l'existence d'un domaine privé, individuel, singulier qui échappe aux lois strictes de la raison. L'homme voulu libre par Dieu, la nature issue de ses choix impénétrables ne peuvent se réduire à la description abstraite des thomistes. Oresme en tire les conséquences politiques et économiques. Conseiller de Charles V, s'il comprend les revendications populaires que porte Étienne Marcel, il est attaché aux prérogatives royales, mais dans une vision où le roi sert Dieu en servant le peuple chrétien. Sur le plan monétaire, cela signifie que le roi ne peut manipuler la monnaie.
Cette volonté de rig […]
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