2. La démonstration des dogmes
Le Traité décisif suppose la possibilité d'une exposition rationnelle de la Loi révélée. S'opposant notamment à al-Ghazālī (dont l'Incohérence des philosophes est directement visée dans le premier des « grands commentaires » d'Averroès : Incohérence de l'incohérence), Averroès fait de la démonstration la plus sûre des trois voies d'accès au divin utilisées par le Coran, mais en son lieu, et limitée aux savants, qui ont obligation d'y recourir à leur tour. Les deux autres voies sont la rhétorique et la dialectique, la première (avec la poésie) à destination des croyants ordinaires, la deuxième pour la polémique et la controverse. Aussi le Traité décisif trouve-t-il son prolongement dans l'exposé Des méthodes de démonstration des dogmes religieux (al-Kashf'an manāhig al-'adilla), où la science démonstrative révèle, derrière le sens apparent des lectures communes et contre les déviations que leur font subir d'autres commentateurs (dont, implicitement, le grand philosophe et mystique persan Avicenne), le sens caché aux gens d'imagination, l'évidence fondée en raison des vérités révélées. Il s'agit de retrouver, contre l'arbitraire des interprétations, la conformité à la fois à la lettre du Coran et à la doctrine d'Aristote – soit une doctrine bien différente de celle dite de la « double vérité », que la tradition latine a qualifié d'averroïsme.
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