3. « La peinture ne s'enseigne pas à qui n'y est pas apte »
Au milieu des innombrables peintres routiniers, répétant les mêmes figures et attitudes par paresse, ignorance, goût du gain facile, et prisonniers de figures qui leur ressemblent par narcissisme inconscient, le vrai peintre est rare et la vraie peinture « demeure précieuse et unique ». Elle naît dans la solitude et la méditation, de l'attention aux spectacles spontanés de la rue rapidement enregistrés, de la rêverie devant les images suggestives nées du hasard (taches et lézardes sur les vieux murs, nuages), des esquisses embrouillées, première projection des images intérieures et de la patience à écouter les critiques et à se corriger. Elle se plaît aux analogies secrètes entre les règnes de la nature, aux images ambivalentes et aux expressions ambiguës. L'ombre enveloppante (« Il y a beaucoup plus de savoir et de difficulté dans l'ombre des peintures que dans leurs contours »), les figures adoucies (« Choisis tes figures plutôt délicates que sèches et ligneuses »), l'émotion du spectateur face à la beauté (« Le peintre a comme le poète la puissance d'enflammer les hommes à l'amour ») : autant de moyens pour le peintre, qui n'est pas seulement un scientifique, un curieux universel mais aussi un être doué d'empathie et un créateur sans entraves. « Le caractère divin de la peinture fait que l'esprit du peintre se transforme en une image de l'esprit de Dieu, car il s'adonne avec une libre puissance à la création d'espèces diverses. »
Le Traité de la peinture nous montre en Léonard un artiste exigeant et sûr de ses intuitions, étonnamment conscient de ses forces et de ses faiblesses, comme en témoignent ces lignes : « Quand le jugement [du peintre] surpasse l'œuvre, ceci est signe parfait, et si l'auteur est jeune avec une telle disposition d'esprit, il deviendra certainement un maître excellent. Il produira cependant peu d'ouvrages, mais qui seront de qualité et les gens s'arrêteront pour en considérer les perfections avec stupeur. »
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