2. Raisonnements et expériences du peintre
Léonard se définit comme un chercheur qui « n'allègue pas les auteurs comme les doctes », mais « l'expérience, maîtresse de leurs maîtres » et ses observations sont présentées comme une philosophie naturelle, la seule vérifiable. La peinture, fille de l'esprit et chose mentale « est un art merveilleux, fondé sur des réflexions très subtiles ». Ses objets principaux sont la nature, appréhendée dans ses éléments, forces cosmiques en perpétuel mouvement voire en conflit, ainsi que l'homme, microcosme qui présente certaines analogies avec le macrocosme, et plus précisément la façon dont les mouvements de son corps peuvent exprimer les turbulences de son âme. Les notations sur la peinture de paysage s'enrichissent de ses curiosités botaniques, géologiques, météorologiques. L'harmonie des membres et des proportions du corps humain bénéficie de la pratique de la dissection et de la connaissance intime de sa constitution, de son fonctionnement, de ses variations selon les types physiques. La justesse de l'expression est la résultante de l'analyse minutieuse des tempéraments et physionomies, changeant selon les actions et passions à figurer – d'où les conseils pour représenter un homme en colère, un désespéré, un orateur, des combattants déchaînés, un vieillard noble, une femme modeste, un enfant remuant, etc. Car « le bon peintre a essentiellement deux choses à représenter : le personnage et son état d'esprit. La première est facile, la seconde difficile, car il faut y arriver au moyen des gestes et mouvements des membres ». Mais si « la peinture la plus digne d'éloges est celle qui a le plus de ressemblance avec ce qu'elle imite », la qualité de la peinture tient aussi à des mystères et à des raisonnements plus profonds.
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