3. Un plaidoyer pour la peinture comme art libéral
Sans nulle allusion à Dieu, mais seulement à la cité et à la collectivité, dont le peintre doit rechercher l'approbation, Alberti affirme le caractère scientifique et moral de la peinture, la considérant comme une pratique libérale – statut que les peintres mettront en réalité des siècles à conquérir. Cette nature libérale de la peinture n'apparaît pas ici comme une revendication mais comme le corollaire de ses définitions et de son histoire. Vénérée dans l'Antiquité, elle semblait avoir « disparu », mais les artistes florentins, au nombre desquels Alberti se range « sans maître et sans aucun exemple, [inventent] des arts et des sciences dont personne n'avait entendu parler et que personne n'avait vus ». Fondé rigoureusement sur la géométrie et l'optique, sur le sens de la relativité des grandeurs en fonction du point de vue et celui des proportions des corps, sur la connaissance de l'anatomie et des mouvements du corps, le tableau comme représentation narrative rapproche le peintre instruit et réfléchi de l'auteur lettré. Le plaisir pris à contempler une histoire peinte, riche en observations faites sur la nature et en beautés extraites des beautés éparses en elle, comparées et amendées, est le même que celui que procurent les bons livres : ils nous font rire et pleurer par sympathie naturelle. Alberti insère ainsi la peinture dans le cadre d'une pensée humaniste réhabilitant un savoir-faire tourné vers la connaissance de la nature et l'éducation de l'individu.
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