Éviter toute rupture avec la tradition, parce qu'elle est le siège de la vérité, préserver les anciennes formes et valeurs politiques, religieuses, morales, parce qu'elles sont l'expression spontanée des vrais besoins d'une société, telle est l'essence du traditionalisme. Il a, certes, existé dans l'histoire autant de traditionalismes que de traditions. Mais la tradition en tant que telle peut être rattachée à la coutume, référence dans la mutualité médiévale à toute action et à tout jugement, et qui postulait qu'était bon ce qui venait des parents, ce qui avait toujours été fait. La renaissance du droit romain au xiiie siècle devait peu à peu substituer le droit écrit au droit coutumier, la raison à l'expérience, l'abstrait au concret. Du choix du passé dépend le caractère conservateur ou, au sens propre du terme, réactionnaire du programme. En tant que référence à une histoire, la pensée traditionaliste de chaque pays présente de nécessaires singularités : le traditionalisme anglo-saxon, par exemple, est, en raison du caractère « conservateur » de ses révolutions, différent à bien des égards des systèmes réactionnaires français. En France même, depuis l'école théocratique de la Restauration, le traditionalisme n'est pas davantage que les autres familles d'esprit demeuré à l'abri des évolutions. En dépit de ces diversités, pourtant, il existe un fonds commun d'idées, de goûts et de sentiments qui donne à la doctrine une homogénéité certaine.
À toute époque, surtout dans les périodes de troubles et de bouleversements, des hommes ont proclamé leur fidélité aux traditions et leur scepticisme devant la légitimité et l'efficacité des innovations. Mais, pour que le traditionalisme devienne conscient, pour qu'il atteigne la cohérence d'une doctrine, il a fallu les profondes remises en question opérées par la philosophie des Lumières et la rupture délibérée avec le passé voulue par les hommes de 1789. Comme système, le traditionalisme date de la Révolution et son premier monument est sans doute l'o […]
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