Doctrine selon laquelle les formes politiques et religieuses doivent être conservées, dès lors qu'elles sont traditionnelles, consacrées par le passé. Qu'on échoue à les justifier intellectuellement n'est pas une objection, car leur valeur ne tient pas au fait qu'on peut les vérifier ou non par voie critique (enquête et raisonnement sont faillibles, superficiels, inadéquats) ; elle tient au fait que la société, qui s'est édifiée bien avant l'apparition de la science, a dû connaître et satisfaire ses besoins profonds de manière spontanée, c'est-à-dire à partir d'une révélation congénitale. C'est cette révélation qui est le fondement de tout, y compris de la vérité. Et c'est par la tradition, chargée de transmettre la révélation initiale, que la vérité peut être connue (le traditionalisme conduit au fidéisme, parce qu'il réserve à la foi issue de la révélation et communiquée par tradition de déterminer même les vérités de raison). Historiquement, cette doctrine a été celle de Bonald, de Joseph de Maistre, de Bautain, de Bonnety. Elle repose sur une conception précise de l'autorité et de l'obéissance : l'homme est « un être essentiellement enseigné ». Il doit recevoir la vérité d'en haut, comme héritage collectif. Cet héritage ne peut venir que de la société, parce que la fondation de celle-ci coïncide avec une Révélation qui apporte toutes les vérités nécessaires, avec une Parole qui les authentifie et qui, d'ailleurs, pour certains traditionalistes, fut à l'origine d'une langue universellement comprise, véhicule de connaissances indispensables en matière d'organisation, de morale, de religion. Si, au contraire, l'homme entend user du sens propre, de la raison individuelle, il préfère la nouveauté à la « vérité oubliée » et il introduit l'erreur, puisque la nouveauté est « sans ancêtres », c'est-à-dire sans garantie, et devrait rester « sans postérité », faute de paternité légitime. Le traditionalisme fut condamné en 1855 par l'Église romaine, qui tint à réhabiliter l'usage normal de la raison et du raisonnement.
Universalis
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