4. Toxines et thérapeutique
Un domaine important du champ d'études des toxines protéiques bactériennes concerne à l'heure actuelle l'utilisation de certaines de ces toxines pharmacologiquement très actives comme agents thérapeutiques. Les préparations utilisées peuvent être des toxines natives ou des conjugués hybrides (toxines hybrides ou chimères) destinées à être ciblés vers les cellules indésirables en vue de leur destruction par la partie toxique du conjugué.
• Toxines natives
Les seules toxines de ce type utilisées en thérapeutique sont les toxines botuliques (TB), agents étiologiques du botulisme, maladie très grave, parfois mortelle. Ces toxines comprenant sept sérotypes distincts provoquent une paralysie neuromusculaire consécutive, dans la quasi-totalité des cas, à l'ingestion de toxines préformées (A, B ou E) dans un aliment contaminé par la bactérie anaérobie Clostridium botulinum.
La paralysie botulique est due à une inhibition de la libération d'acétylcholine (Ach) par les terminaisons nerveuses à la jonction neuromusculaire. Cette inhibition est due à la dégradation enzymatique de protéines spécifiques des vésicules synaptiques. Ce blocage interrompt le passage de l'influx nerveux assuré par ce neurotransmetteur. En raison de cette extrême spécificité des TB pour les neurones cholinergiques, celles-ci ont été mises à profit à partir de 1980 par les ophtalmologues puis par les neurologues comme agents thérapeutiques (essentiellement la toxine A) pour inhiber la transmission nerveuse cholinergique, et donc les contractures musculaires involontaires. En ophtalmologie, la toxine est utilisée dans le traitement de certains troubles oculomoteurs, comme le blépharospasme, ou comme alternative au traitement chirurgical du strabisme. Par la suite, le traitement toxinique a été appliqué avec succès à une grande variété de désordres neurologiques liés à des pathologies comportant des contractures ou spasmes musculaires inadaptés, et en premier lieu les dystonies cervicales (torticolis spasmodiques) ou laryngées, l'hémispasme facial. Il est employé pour le traitement des rigidités musculaires des membres, dont d'équinisme des enfants. Il améliore certains tremblements et certaines pathologies gastro-intestinales (achalasie) ou urologiques. L'efficacité symptomatique de cette thérapie est certaine mais transitoire (de 1 à 6 mois). Elle peut être répétée. Un des principaux écueils du traitement est son coût élevé.
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