2. Formation des tourbières
• Les conditions
La formation de tourbe nécessite deux bilans excédentaires : celui de la matière organique, dont la production doit l'emporter sur la décomposition ; celui de l'eau, le sol, malgré l'évapotranspiration, devant rester engorgé. L'eau est en fait le facteur essentiel : elle permet la vie des hygrophytes turfigènes ; sa stagnation rend le milieu asphyxiant, d'où un effet sélectif sur les micro-organismes de la rhizosphère et le ralentissement marqué des processus biochimiques de décomposition ; enfin, elle atténue les variations thermiques et abaisse sans doute fortement les moyennes des saisons chaudes, au moins quand elle imprègne des sphaignes : il gèle régulièrement tout l'été dans les tourbières acides de plaine du Massif armoricain (J. Touffet), du Bray (B. Frileux), du Laonnois (F. Morand).
Le macroclimat est donc le facteur essentiel de la turbification : quand les précipitations l'emportent sur l'évapotranspiration, les tourbières apparaissent dès que la température permet l'établissement d'une végétation dense : il s'agit alors des tourbières ombrogènes, très acides et oligotrophes. Un faible déficit de pluviosité est localement compensé s'il existe des vallées marécageuses rassemblant les eaux : il se forme alors des tourbières topogènes ; selon la nature de leurs eaux, ces tourbières topogènes sont calcaires (eutrophes, pH ≥ 6,5) ou, plus rarement, mésotrophes (pH de 6,5 à 5,5), voire oligotrophes (pH de 5,5 à 4), quand les eaux sont pauvres en calcium.
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