3. Intégration forcée ou marginalisation
Déstabilisée dans ses fondements mêmes, la société touarègue était sans aucun doute mal préparée à affronter les recompositions politiques induites par la décolonisation. En effet, une fois avorté le projet français de l'Organisation commune des régions sahariennes (O.C.R.S.) dont il fut brièvement question dans les années 1950, les Touaregs se trouvent définitivement écartelés entre plusieurs États-nations très jaloux de leur souveraineté. Inédite pour eux, cette situation les somme de s'inscrire dans des cadres frontaliers, « nationaux », totalement étrangers à leur vision du monde et de l'espace. En outre, un peu partout, les élites qui héritent des commandes de l'État postcolonial sont issues des populations sédentaires dont les projets de société excluent les préoccupations des nomades. Les centres de décision, politiques et économiques, sont pareillement érigés dans les régions sud, loin des zones de peuplement touareg. Enfin, restés à l'écart de l'école coloniale, les Touaregs sont de facto exclus du partage du pouvoir, et si, çà et là, il y a quelques ministres touaregs, ils n'ont que peu de liens avec leur communauté.
Cette situation a pu faire penser que la marginalisation des Touaregs constituait en quelque sorte une revanche des anciens esclaves noirs contre leurs maîtres. Cette thèse n'est pas totalement fondée. En effet, elle ignore les relations commerciales et la complémentarité qui existaient entre les Touaregs et les populations « sudistes », ainsi que les liens politiques qui les unissaient notamment aux royaumes haoussa.
Si elle ressortit faiblement au clivage ethnique, la marginalisation des Touaregs relève fondamentalement de la logique centralisatrice qui prévaut dans tous les États issus de la décolonisation. Dans cette perspective, les Touaregs, nomades, à l'écart des activités économiques, peu respectueux des contraintes administratives, sont perçus négativement, car difficilement contrôlables. Aussi, les […]
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