Établis dans les régions centrales et méridionales du Sahara, les Touaregs font partie de l'ensemble linguistique berbère. Soumis à l'administration française pendant l'ère coloniale (à l'exception toutefois des Touaregs de Libye, sous domination italienne), ils se partagent actuellement entre cinq États : le Niger (où ils sont 800 000), le Mali (500 000), l'Algérie (15 000), la Libye (10 000) et le Burkina Faso (5 000). C'est toutefois dans les deux premiers pays que leurs relations avec le pouvoir central ont pris un tour conflictuel, menaçant la stabilité régionale. Au Mali comme au Niger, la confrontation entre la rébellion et le pouvoir central s'amorce au début des années 1990. La cause, dans les deux cas, en est la marginalisation politique et économique dont les Touaregs – les Imajeghen, « hommes libres », comme ils se désignent eux-mêmes – s'estiment victimes. À cette marginalisation viendront s'ajouter des facteurs plus conjoncturels, comme le détournement de l'aide internationale destinée aux camps de déplacés installés au Niger afin d'accueillir les populations victimes des deux grandes sécheresses des années 1970 et 1980. Du Niger, la rébellion s'étend ensuite rapidement au Mali, prenant une dimension régionale et internationale.
1. Un peuple éclaté
L'image des Touaregs est aujourd'hui encore très largement tributaire de l'héritage colonial. Les Imajeghen sont perçus de façon bivalente : fiers, rebelles, chevaleresques et, en même temps, pillards et esclavagistes, ils sont réputés pour être réfractaires à toute tentative extérieure de mise en ordre, politique et économique. Cette dualité est le reflet parfait de la relation ambiguë entretenue avec eux par les militaires et autres officiers méharistes français qui eurent longtemps la charge de les administrer : leur volonté de contrôle se doublait, en effet, d'une fascination certaine pour un peuple et un mode de vie en totale harmonie avec un environnement rude et exigeant, fascination qui n'est pas étrangère, du reste, à l'attrait touristique qu'offre aujourd' […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



