4. La totalité herméneutique
La constitution d'une totalité par addition des parties n'est concevable que dans une vision mécaniste du monde où l'on admet, comme Descartes, la possibilité dans l'être et dans la pensée de natures simples, intelligibles par elles-mêmes (totalité qu'Aristote décrit comme ne dépendant pas de la disposition des parties). L'intellection d'un texte, d'une œuvre culturelle, s'accomplit autrement. Elle va des parties au tout, certes. Mais les parties tiennent leur sens de la totalité. Il y aurait un cercle dans la pensée totalisante et analysante que l'on serait porté à appeler vicieux, l'analyse et la synthèse se présupposant mutuellement.
Mais la présupposition mutuelle de l'analyse et de la synthèse peut mener à la reconnaissance de ce que Heidegger nomma « cercle herméneutique », et qu'on aurait tort d'appeler vicieux, car le mouvement circulaire de la totalisation est précisément irréductible à un mouvement linéaire, opérant en milieu homogène. Dans ce mouvement circulaire, le tout et les parties se déterminent. Il y aurait, dans l'entendement de la totalité, des sauts progressifs, le premier consistant à savoir entrer dans le cercle herméneutique, à dépasser l'immédiateté dans laquelle les parties sont données, encore incomprises comme parties. Notion de totalité et d'intellect qui conduirait à comprendre toute expérience, et peut-être tout raisonnement sur les choses, d'après le modèle d'une interprétation de texte. Notion de totalisation toujours à recommencer, notion de totalité ouverte ! Rupture avec les habitudes de l'entendement cartésien allant du simple au complexe sans égard pour la lumière que la totalité projette sur la compréhension du simple ; conception où la totalité est fin de ses parties, comme le voulait Aristote, mais aussi conception où, dans un mouvement incessant de va-et-vient, la totalité fait valoir la partie, ce qui justifierait une conception religieuse ou personnaliste de l'homme au sein de la création dont il serait et une partie et la fin.
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