2. Totalité sans réalité
La remontée vers la totalité ultime, monde ou être absolu, admet des différences, même dans son formalisme. La totalité des individus appartenant au même genre diffère de la totalité des hommes appartenant à une nation, laquelle diffère, à son tour, de la totalité des épisodes constituant une histoire, de celle des points constituant un espace, ou des membres constituant un organisme, ou des mots constituant une langue. Kant bâtit l'idée de totalité en partant du rapport du conditionnement, qui est inscrit dans les catégories de la relation exposées dans la « Logique transcendantale », et dans lequel se tient tout donné intuitif en tant que donné, en tant que se présentant dans l'expérience à l'entendement scientifique. La science recherche la condition du donné, mais ne trouve que des conditions conditionnées. Elles suffisent à l'entendement des faits et à l'établissement des lois. Elles ne satisfont pas la raison, qui exige la synthèse régressive de toute la série des conditions jusqu'à l'inconditionnel. La raison est cette exigence même. Elle prescrit à l'entendement d'embrasser toutes les actions de l'entendement « en un Tout absolu », en pensant les idées du monde et de Dieu. Visées diverses de la totalité malgré le formalisme de la totalisation, les idées du monde et de Dieu dépassent le donné sensible. Kant montre que, dans la mesure où elles le dépassent, elles restent des idées qui n'expriment aucun être. Dès qu'on leur prête une portée ontologique, elles opposent la raison à elle-même (antinomies) ou la font déraisonner. Dans les idées de totalité, la raison perd ainsi sa valeur cognitive. Sa prétention de savoir serait illusoire. En accord avec la tradition rationaliste de l'Occident, l'idée de totalité coïncide encore ici avec l'idéal de l'intelligibilité intégrale. Elle reste donc illusion nécessaire et exerce une fonction régulatrice dans le savoir scientifique. Mais un écart sépare désormais raison et vérité. Kant met en question la sign […]
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