2. L'œuvre d'un portraitiste
Les deux premiers groupes d'estampes sont à tous égards les plus remarquables. Sharaku a atteint d'emblée la perfection de son art, notamment dans les portraits en buste, chefs-d'œuvre qui ont consacré sa renommée. D'une part, il y a utilisé de grands raffinements techniques : fonds micacés argentés qui semblent projeter la figure en avant, tracés en creux ou en relief, gaufrages qui font valoir la texture des tissus. D'autre part, il a su se limiter à l'essentiel sans recourir au détail superflu. La ligne, concise, expressive, évoque dans son économie l'ensemble du corps, sa stature, son maintien, son mouvement. La couleur, aux tons sobres et qui fait grand usage de noirs savamment balancés, parvient à suggérer, en dépit des aplats, la masse, le volume ; elle s'accorde au caractère du personnage, ou encore à l'action, les tonalités sombres par exemple mettant l'accent sur les situations les plus dramatiques. Dans les visages au tracé aigu jouent seuls les yeux, les sourcils, la bouche : avec les gestes des mains, ils suffisent à révéler tout à la fois, avec une implacable sûreté, la personnalité de l'acteur et celle qu'il assume dans son rôle.
On a dit de l'art de Sharaku qu'il était cruel et brutal : il l'est en effet, mais comme le sont les drames mêmes du kabuki, longues intrigues pleines de complots, de meurtres, de vengeances. Dans ces estampes, les rôles violents dominent et Sharaku y met à nu, comme nul autre, le contenu psychologique d'un visage. Mais il a su exprimer aussi le charme de ses modèles féminins, par des attitudes empreintes de grâce et des harmonies colorées particulièrement délicates.
Dans le second groupe, les estampes à deux personnages révèlent une grande virtuosité dans l'équilibre de la composition, faisant ressortir le contraste de gestes et de caractères qui s'opposent ou se complètent.
À la fin de 1794 et au début de 1795, l'art de Sharaku paraît moins puissant, moins exceptionnellement sobre et viril. L'intensité […]
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