2. Les règles du « jeu »
Jusqu'à l'invention de l'électricité (la « gégène »), les instruments de la torture en vigueur dans l'Antiquité se modifieront peu, sinon pour obtenir une gradation plus grande de la souffrance du condamné. L'instrument majeur est le cheval de bois (l'equus), surtout utilisé contre les chrétiens : « Ce cheval, assemblage ingénieux de roues creuses, de poulies et de cordes, permettait de graduer la torture sans mettre en danger la vie de la victime, et pouvait la distendre et la disloquer tout à loisir. Autrefois construit à la ressemblance d'un vrai cheval, cette machine à torturer est l'ancêtre de la roue [...] » (Foucault, Surveiller et punir). Mais la torture, surtout à l'époque impériale, connaît d'autres moyens : chaque instrument a un emploi précisément défini : bâtons en bois de vigne pour certains cas, bâtons munis de pointes de fer, dits « scorpions », dans d'autres. Tous les accessoires possibles voient leur usage codifié : courroies, chaînes, colliers, plaques rougies au feu, tisons, lanières, bâtons, pics pour les cas les moins graves... Rien n'est laissé au hasard, et, au fil du temps jusqu'à l'abolition de la torture au xviiie siècle, cette codification ira en s'accroissant comme si elle établissait une sorte d'égalité entre le tortionnaire et sa victime en éliminant toute velléité pulsionnelle. Michel Foucault a écrit, mais surtout à propos de la technique inquisitoriale, que cela correspond à un jeu réglé : « On peut à partir de là retrouver le fonctionnement de la question comme supplice de vérité. D'abord, la question n'est pas une manière d'arracher la vérité à tout prix ; ce n'est point la torture déchaînée des interrogatoires modernes ; elle est cruelle, certes, mais non sauvage. Il s'agit d'une pratique réglée qui obéit à une procédure bien définie : moments, durée, instruments utilisés [...]. La torture est un jeu judiciaire strict. Et à ce titre, par-delà les techniques de l'Inquisition, elle se rattache aux vieilles épreuves qui avaient cours dans les procédures accusatoires : ordalies, duels judiciaires, jugement de Dieu. Entre le juge qui ordonne la question et le suspect qu'on torture, il y a encore comme une sorte de joute [...]. » Cette interprétation de la torture comme ressortissant encore à la logique du combat peut laisser sceptique ; du moins est-elle admissible en ce qui concerne la pratique de l'Inquisition, qui ajoute à la volonté d'obtenir l'aveu une procédure particulière, celle du secret.
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