Immunogénéticien, le Japonais Tonegawa Susumu est l'exemple accompli de ce nouveau type de chercheurs que le second conflit mondial a fait éclore. Né à Nagoya, au Japon, le 6 septembre 1939, il a travaillé dans son pays d'origine, à Kyotō, successivement au département de chimie de l'université, puis à l'Institut de recherches en virologie, de 1959 à 1963.
Attiré par les conditions de la recherche aux États-Unis, il entre en 1963 au département de biologie de l'université de Californie, à San Diego, où il effectue son doctorat, puis travaille au Salk Institute dans le laboratoire de Renato Dulbecco. L'étape la plus féconde de sa carrière de chercheur aura lieu cependant en Europe, à l'Institut d'immunologie de Bâle, où il reste dix ans (1971-1981) avant de retourner aux États-Unis où il dirige le département de biologie du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) à Cambridge, près de Boston. Il aura été le troisième représentant de l'Institut d'immunologie de Bâle à recevoir le prix Nobel de physiologie ou médecine (1987), après Niels Jerne et Georges G. F. Köhler. Il fonde en 1994 et dirige jusqu'en 2006 le Picower Institute for Learning and Memory, un des centres du M.I.T. consacré aux sciences cognitives.
Son œuvre est d'une portée exceptionnelle : ayant démontré le mécanisme, par réarrangement structural intragénique, de la diversité des anticorps, Tonegawa a ainsi prouvé la valeur adaptative du patrimoine génétique ; par surcroît, il a démontré l'importance des mutations ponctuelles, dites somatiques, dans l'amélioration des défenses immunitaires. Le rôle des structures réceptrices des antigènes, enfin, a pu être précisé chez les lymphocytes T, à la suite de ses travaux, fournissant un nouvel exemple de l'adéquation entre structures et fonctions à l'échelle cellulaire. Des perspectives thérapeutiques considérables ont été ouvertes par ces découvertes entre autres, l'apprentissage et la sélection des clones défensifs dans le traitement des syndromes immunodépressifs.
Didier LAVERGNE
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