4. Échanges, trafics, commerce ?
Il restait à s'interroger sur les modalités de la circulation des objets méditerranéens, en particulier dans des cas aussi exceptionnels que celui du cratère de Vix. L'anthropologie a paru fournir des modèles adéquats. On a fait appel à la notion du don et du contre-don, élaborée par Marcel Mauss. L'échange de cadeaux, comme on le voit très bien dans l'Odyssée, est au centre des relations entre les princes. L'un prouve sa richesse et sa position sociale en offrant à son hôte un objet de grand prix. Celui qui l'a reçu doit, sous peine de perdre son prestige et son rang, répondre par un contre-don encore plus prestigieux. L'ethnologie connaît beaucoup d'exemples de ce potlatch. De la même façon, mais cette fois de la part des commerçants marseillais à l'égard des princes de Vix, on a, dès le début, vu dans le cratère une sorte de cadeau diplomatique à ceux qui tenaient la clé de la voie de l'étain.
Le problème de fond, pour lequel les réponses ont été longtemps, plus encore pour le monde grec archaïque que pour les civilisations périphériques, liées à la fidélité plus ou moins grande des divers auteurs aux schémas marxistes, est de savoir si on a le droit d'employer le terme moderne de « commerce » pour ce type de trafics et dans ce type de société, qui ignore l'usage de la monnaie. De toute façon, la continuité des échanges à longue distance et des routes suivies montre, dans un monde qui semble avoir été pacifique, des circuits réellement organisés. Nous en avons probablement deux sites-étapes : Vaise, au nord de Lyon, et Bragny, au confluent de la Saône et du Rhône. Dans les deux cas, en bord de rivière, sur un point important qui a pu être un carrefour, on a deux des types d'objets que l'on trouve sur les sites princiers : les amphores de Marseille et la céramique attique. Sur plusieurs autres sites, jusqu'en Franche-Comté, les restes de vases à boire provençaux de qualité très commune – la céramique dite grise ondée – sont la vaisselle d'usage de ceux qui acc […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



