Fils d'un misérable cocher de maître, Tomáš Masaryk commence à travailler très jeune comme apprenti serrurier puis chaudronnier. Remarqué par des prêtres tchèques, il obtient une bourse et étudie au collège, à Brno puis à Vienne. Il rompt, à vingt et un ans, avec le catholicisme à propos de la question de l'infaillibilité du pape. Il poursuit des études de philosophie à Vienne, tout en travaillant comme précepteur. En 1876, il devient docteur en philosophie avec une thèse sur Platon ; on lui doit un ouvrage de logique et de méthodologie scientifique : Základové konkrétni logiky (1885), qui sera publié ensuite en allemand, Versuch einer konkreten Logik : Klarifikation und Organisation der Wissenschaften (1887).
Son mariage, en 1878, avec Charlotte Garrigue, huguenote américaine, achève son évolution vers un protestantisme social qui, pour lui, fonde la politique sur une « science morale ». Assistant de philosophie et de sociologie à Prague à partir de 1882, il y fonde la revue intellectuelle Athenaeum. Patriote et slaviste, membre du « Sokol », Masaryk prend cependant pour devises « Jésus au-dessus de César » et « La Vérité vaincra » (cette dernière provenant de la tradition hussite). Au nom de ces principes, il combat la slavophilie passéiste : cette rupture avec le nationalisme ombrageux l'isole de la classe politique (les vieux-tchèques) et des étudiants tchèques. Il doit cesser de publier sa revue, ainsi que son Dictionnaire scientifique. En 1891, il est élu avec deux autres jeunes-tchèques au Reichsrat. Membre de la délégation du Reichsrat, il y défend une ligne quasiment indépendantiste, tout en se montrant partisan des Slaves du Sud et de la réforme de l'enseignement. Cet humanisme exigeant, qui l'éloigne de ses amis, l'amène à démissionner en 1893, et à se consacrer à l'étude de la Question tchèque (1895) et de la Question sociale (1898). Partisan d'une analyse scientifique, sans complaisance, de la société tchèque dans son journal populaire Naše Doba (Notre époque […]
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