C'est au milieu des années 1960 que Tom Wolfe fait, en costume blanc de gentilhomme sudiste et Borsalino de dandy, une irruption spectaculaire sur la scène littéraire américaine, où il va devenir le porte-drapeau du « nouveau journalisme ». Ses premiers reportages — une course de stock-cars en Caroline du Sud, le milieu de Las Vegas, les « fous de bagnoles » en Californie — portent déjà la griffe qui fera sa notoriété : à travers le croquis d'un personnage pittoresque, il s'agit de faire une radioscopie de la société américaine, et de remplir ainsi la mission qui était traditionnellement celle du roman, à savoir tenir la chronique des mœurs du temps, raconter, pour reprendre le titre-programme d'Anthony Trollope, « comment nous vivons ». Le reportage à la première personne a, de vieille date, ses lettres de noblesse dans la littérature américaine et compte quelques classiques, comme l'enquête de James Agee sur les métayers d'Alabama (Louons maintenant les grands hommes, 1941), les articles de John Hersey sur le retour des G.I. (Joe Is Home Now, 1944) ou sur Hiroshima (1946), mais on assiste au début des années 1960 à une nouvelle floraison du genre qu'illustren […]
