Après s'être essayé au genre romanesque dans Lord Malquist and Mr. Moon (1966), Tom Stoppard se tourne vers le théâtre. Son œuvre se structure autour d'une donnée commune : l'esprit, ou wit. Si ce dramaturge britannique – né à Zlin, en Tchécoslovaquie, sous le nom de Thomas Straussler – est l'héritier d'Oscar Wilde et de la witty comedy (« comédie du bel esprit »), il n'en est pas moins également un philosophe du langage théâtral. Sa lecture de Beckett, mais aussi de Wittgenstein, l'inscrit dans le sillage d'un théâtre privilégiant la polysémie et l'auto-référence : Stoppard fait jaillir un sens nouveau des textes de Shakespeare (Rosencrantz and Guildenstern Are Dead), de Beckett ou de Wilde (Travesties), comme des tableaux de Magritte ou de Marcel Duchamp (« L'Assassin menacé » dans After Magritte et « Nu descendant l'escalier » dans Artist Descending a Staircase).
Abondante, l'œuvre de Stoppard offre à la fois des comédies métaphysiques, des comédies politiques et historiques et des farces bâties sur le nonsense. Tout se donne en spectacle : le geste, mais aussi le mot dans une célébration jubilatoire de la théâtralité, où le thème de la pièce dans la pièce vient effacer la frontière entre réalité et fiction (The Real Inspector Hound, 1968 ; The Real Thing, 1982).
C'est Rosencrantz and Guildenstern Are Dead (1967) qui donne le ton. Largement inspirée par Beckett et le Pirandello de Six Personnages en quête d'auteur, la pièce, portée à l'écran par l'auteur en 1990 (lion d'or à la Mostra de Venise), est une réécriture du Hamlet de Shakespeare. Comme souvent chez Stoppard, ce sont les marges qui viennent au centre : personnages mineurs de la pièce de Shakespeare, Rosencrantz et Guildenstern tiennent ici le devant de la scène. À la manière de Vladimir et Estragon dans En attendant Godot ou des personnages de Pirandello, ils tentent d'improviser leur vie en s'insurgeant contre leur destin de personnages de théâtre. Le comique naît alors de cette incertitude existentielle.
Remarqua […]
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