6. Des banlieues calmes
La banlieue tōkyōte est l'univers des générations des « baby-boomers » nés juste après la guerre, et dont les descendants n'ont connu que la ville et la Mégalopole. Les quartiers centraux demeurant inaccessibles aux jeunes ménages peu fortunés, elle devient l'espace essentiel de la ville.
L'adoption du mode de vie urbain et la nucléarisation de la famille ont supprimé la cohabitation entre les grands-parents, leurs enfants et leurs petits-enfants. La vie en banlieue rompt avec le milieu local traditionnel en tant que réseaux de solidarité familiale et villageoise. Qu'ils soient pavillonnaires ou composés de grands ensembles, les quartiers résidentiels périphériques semblent peuplés de cohabitants anonymes malgré un renouveau de la vie associative. Ils paraissent uniformes avec leur quartier animé autour de la gare, leur parking à vélos et leurs voitures, leur essaimage de « restaurants familiaux », de fast-food ou de supérettes ouvertes vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Certaines banlieues ont encore une population jeune, d'autres sont vieillissantes. Dans les cités-dortoirs de la Haute Croissance qui les ont accueillis, les « baby boomers » sont désormais à la retraite et leurs enfants sont partis vivre ailleurs. Devenus inutiles, crèches et écoles ferment, squares et jeux d'enfants se délabrent.
Le Grand Tōkyō voit arriver une nouvelle population jeune. Les « nouveaux immigrés » (nyūkāmāzu, de l'anglais new comers), souvent d'origine asiatique ou d'ascendance japonaise (les Nikkeijin), sont environ trois cent mille dans les vingt-trois arrondissements de Tōkyō (34 p. 100 de Chinois, 29,8 p. 100 de Coréens), et près du double dans la sphère capitulaire. Contrairement aux « anciens immigrés », les Coréens notamment, qui se regroupaient dans certains quartiers de la Ville Basse comme Mikawashima, ils se diffusent dans l'ensemble de la mégapole, en proche banlieue ou bien dans de nouveaux quartiers : les Chinois à Ikebukuro, les nouveaux Coréens à Ōkubo, les
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