La question du titre des œuvres d'art, qui peut paraître importante puisqu'il n'est guère d'autre moyen de parler d'elles ou tout simplement de les désigner, n'a guère retenu l'attention jusqu'à ce jour. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Littré ne connaît que les titres de livres et d'œuvres imprimées. Au xixe siècle, Pierre Larousse est le premier à inclure dans les sens du mot « titre » la « dénomination sous laquelle est connue une œuvre d'art ». Et, en 1969 encore, Robert signale un emploi « plus rare » de titre, « nom d'une œuvre musicale ou picturale donné par l'auteur lui-même ou par la postérité », que celui de titre, « désignation du sujet traité dans un livre »... Il faut donc se rendre à l'évidence : alors qu'il n'est guère de musée, de livre ou de catalogue d'exposition qui puisse se passer de donner, parfois même d'inventer un titre, fût-ce le « sans titre », pour les œuvres qu'il présente, le phénomène même, et les nombreux problèmes qu'il pose est passé inaperçu.
À vrai dire, le titulus latin d'où dérive le mot français n'a eu, à l'origine, qu'une fonction assez neutre : l'étendue de ses emplois dans l'Antiquité le prouve, qui va de l'enseigne de boutique à l'étiquette de bouteille ou à l'écriteau placé au cou des esclaves à vendre. Simple fonction utilitaire, donc, mais pour laquelle certaines utilisations particulières annoncent le sens moderne : la tabula (tablette) où sont résumés les exploits et les honneurs des ancêtres est un titulus, de même que l'INRI (Jesus Nazarenus rex Judaeorum) qui figure au-dessus de la tête du Christ crucifié. Dans cette désignation, il y a déjà beaucoup plus que la simple identification d'un objet : le titulus sert à introduire dans l'image qui, seule, resterait muette ou trop peu explicite la signification que le spectateur doit prêter à la représentation de tel sujet sous telle forme donnée. L'emploi des tituli dans les fresques de l'époque carolingienne est plus caractéristique encore à cet égard : véritables commen […]
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