2. Les sources de Tite-Live
Pour écrire l'histoire de quelque sept cents ans, Tite-Live devait évidemment recourir à des sources de natures différentes, selon les temps considérés. Pour les événements les plus récents, il disposait de témoignages oraux (outre ce dont il avait pu être lui-même le témoin), de Mémoires et chroniques divers. Ainsi, pour les guerres civiles, il utilisa l'œuvre d'Asinius Pollion, qui avait été le compagnon et dans une certaine mesure l'historiographe de César (il était présent au passage du Rubicon), il pratiqua aussi la Correspondance de Cicéron et toute la littérature de pamphlets et de panégyriques qui était issue des querelles autour de personnages comme Caton. Pour la période antérieure, il utilisa aussi des Mémoires (comme ceux du dictateur Sulla) et des ouvrages composés par des témoins oculaires, grands personnages mêlés à la vie politique et qui avaient traité de telle ou telle période qu'ils connaissaient bien. Mais plus on remontait dans le temps, plus les difficultés augmentaient. L'histoire n'avait commencé d'être écrite, à Rome, qu'à la fin du iiie siècle avant J.-C., avec l'œuvre (rédigée en grec) de Fabius Pictor. Pour les siècles antérieurs, les documents se faisaient de plus en plus pauvres ; il fallait se fier, en partie, à des historiens grecs, comme Polybe qui vivait à Rome vers 160 avant J.-C. mais avait écrit l'histoire des siècles qui l'avaient précédé, en replaçant les événements romains dans le cadre, plus général, du monde méditerranéen et de l'histoire hellénistique. Polybe sert à Tite-Live de source principale pour les guerres puniques et la période suivante. Mais, pour remonter plus haut, il fallait bien recourir aux historiens latins, qui s'étaient intéressés plus directement à l'histoire du peuple romain, et, dans l'histoire qu'ils avaient reconstituée, les incertitudes étaient grandes. Ces historiens, et Fabius Pictor le premier, avaient exécuté un grand travail de reconstitution, en partant tantôt de traditions orales, voire de poèmes populaires exaltant les vertus des héros du passé, tantôt de documents officiels, ce que l'on appelait les annales des pontifes (annales pontificum ou annales maximi), qui mentionnaient, en principe au jour le jour, ce qui s'était passé dans la cité. Malheureusement, en 390 (lors de l'invasion gauloise), un incendie avait détruit ces archives. Reconstituées tant bien que mal, elles étaient lacunaires pour les trois premiers siècles de Rome. D'autres archives, de caractère religieux aussi, s'ajoutaient aux annales, mais tout cela ne formait pas une histoire cohérente.
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