4. Singularité du théâtre religieux
Qu'il soit biblique, comme La Vengeance de Thamar (La Venganza de Tamar), hagiographique, comme La Dame de l'oliveraie (La Dama del olivar) et la trilogie de Sainte Jeanne (Santa Juana), ou qu'il mette en scène cette question de la terre, du ciel et de l'enfer qui préoccupait si fort les esprits de cette époque, comme dans L'Abuseur de Séville et Le Damné par défiance (El Condenado por desconfiado), le théâtre religieux de Tirso a une saveur spécifique. La querelle d'authenticité entretenue sur ces deux dernières pièces apparaît tout à fait oiseuse si on les replace dans l'ensemble dont elles sont comme les fleurons. Pour s'en tenir à ces deux chefs-d'œuvre où les deux protagonistes sont brûlés du même feu infernal au terme d'aventures qu'on ne saurait imaginer plus dissemblables, don Juan parce qu'il croyait trop aux vertus d'un repentir toujours retardé, Paul parce qu'il croyait trop que ses fautes avaient scellé son sort, qui ne serait frappé par la qualité psychologique et une certaine noblesse des héros qui évitent à leur histoire de verser dans la pure démonstration théologique ?
Si on y regarde de plus près encore, on s'aperçoit que cette leçon est elle-même à la fois nette et complexe, c'est-à-dire difficile à réduire à un simple dogmatisme.
Certains critiques veulent voir dans ces deux œuvres les volets complémentaires d'un seul enseignement. D'autres les opposent. Il en est qui pensent que Tirso était un théologien profond. Il en est de plus réticents. On débat pour savoir si Tirso était thomiste, moliniste ou disciple de Zumel. Ce qui est certain, c'est qu'à aucun endroit de ces deux sommets de son théâtre il n'a sacrifié la construction scénique à l'enseignement doctrinaire. Sans doute est-ce à cause de ce merveilleux souffle dramatique qu'il a mérité qu'on l'ait souvent appelé le Shakespeare espagnol.
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