3. L'engagement
Déry participe à la Résistance ; en 1945, il s'inscrit de nouveau au Parti communiste. Dans Jeux souterrains (Alvilági játékok, 1946), il célèbre le souvenir du siège de Budapest et revient à une vision surréaliste, tragique et ironique. Réponse (Felelet, I-II, 1950-1952), avec son intrigue à deux faces, tente d'évoquer dans une nouvelle synthèse la société hongroise : c'est l'histoire d'un professeur d'université campé comme un extravagant et d'un jeune ouvrier plein d'intransigeance, qui à la fois s'attirent et se repoussent mutuellement. Le Théâtre national représente ses drames : Miroir (Tükör, 1947), ou la vie clandestine des militants communistes ; En famille (Itthon, 1948), drame d'un prisonnier de guerre rejoignant trop tard son foyer ; Lèche-bottes (Talpsimogató, 1954), satire cruelle de l'hypocrisie et de la flatterie. Quant à ses nouvelles, composées en 1955-1956, leur éclatant succès est dû pour l'essentiel à l'impitoyable mise à nu de la vie quotidienne hongroise à l'époque stalinienne. L'angoisse et l'horreur, mais aussi la foi et la solidarité émanent de la rigoureuse structure du monde clos, de l'atmosphère dramatique de son roman Niki (1956), qui a fondé la réputation mondiale de l'écrivain.
Par ses articles, ses prises de position, il participe à la révolte d'octobre 1956, puis s'oppose au gouvernement Kádár. Condamné en 1957 à neuf ans de prison, il est amnistié en 1960. En 1963 paraissent ses nouvelles : Amour (Szerelem), ainsi que le roman écrit durant sa captivité, Monsieur G. A. à X. Cette œuvre, d'inspiration kafkaïenne, analyse les rapports et l'influence réciproque de l'ordre et de la liberté : elle évoque un étrange pays d'Utopie et brosse, de manière à la fois nostalgique et satirique, une description de la « perfection absurde » d'une société qui tente de se dégager de toute contrainte. « On songe à certains tableaux de Jérôme Bosch où la minutie des détails réalistes renforce la vision cauchemardesque de l'ensemble. L'humour de Tibor Déry naît, de mê […]
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