2. Le retour au réel
Cette période prend fin en 1933. Conscient, d'une part, que la recherche de l'abstraction aux dépens du contenu, le refus des mythologies individuelles et sociales ne mènent pas aux résultats espérés, Déry est, d'autre part, indéniablement touché par la réalité de plus en plus oppressante de l'histoire. Dans trois récits où se retrouvent les mêmes héros (Face à face, Szemto″l szembe, 1933), il décrit l'insurrection ouvrière à Berlin. En 1933, il entreprend La Phrase inachevée (A befejezetlen mondat), roman de grande envergure qui, interdit d'abord par la censure, ne paraîtra qu'en 1947. S'exerçant au dur apprentissage de la vie, le héros du roman, Lőrinc Parczen-Nagy, ne parvient à s'évader de son milieu bourgeois pour s'intégrer au mouvement révolutionnaire qu'au prix de longs déchirements ; il cherche son chemin de trois manières : en acceptant la lutte des classes, en tombant amoureux d'une jeune communiste et en recherchant l'amitié d'un jeune prolétaire. Cette œuvre, qui met à profit les conquêtes de l'écriture proustienne, donne un tableau d'ensemble de la société hongroise de l'entre-deux-guerres. Elle traite avec ampleur l'un des thèmes préférés de l'auteur : les rapports entre les intellectuels et le socialisme. Dans ses relations avec le mouvement ouvrier, le jeune héros du roman essaye de se libérer de son obsession, l'aliénation de l'homme existentiellement abandonné. C'est le même problème que la littérature de l'Europe de l'Ouest a abordé, à travers des destinées romantiques aussi dissemblables que celles du Jacques des Thibault et du Tchen de La Condition humaine.
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