Un des plus célèbres acteurs italiens, passé à la postérité sous les traits de Scaramouche, personnage de la commedia dell'arte, variante du Capitan, mais qui comporte quelque chose du Zanni (ou bouffon). Fils de Silvio Fiorelli, le “capitaine Matamoros”, Tiberio serait venu en France pour la première fois en 1645 avec la troupe de Guiseppe Bianchi ; après plusieurs séjours, il s'y installe vers 1653. En 1659, on assure qu'il aurait joué un divertissement pour Mazarin. Sa collaboration avec le fameux Arlequin Dominique Biancolelli durait encore à la mort de Molière dont il aurait été le maître ; cela témoigne de l'influence qu'eurent les farceurs italiens sur le théâtre comique français de l'époque. Car, s'il a été formé en Italie, Scaramouche s'épanouit surtout en France où il devient très populaire. Certains le peignent, sa guitare sous le bras, avec son chat, son chien, ou son singe. Il aurait souvent amusé, dans son costume noir, le petit Louis XIV ; Molière le note dans Le Sicilien : “Le ciel est habillé ce soir en Scaramouche.” Le masque ne se détache pas du nom du personnage créé par l'acteur. On verra aussi Scaramouche dans de nombreuses pièces à succès. Comme chez tous les grands acteurs comiques de l'époque, le personnage de Scaramouche acquiert les particularités et les virtuosités de son créateur : Tiberio Fiorelli. C'est lui qui apporte à Molière une manière d'intervenir physiquement à l'intérieur d'un personnage : l'action visuelle devient importante, la gaieté demande à se manifester de façon franche et directe. En Scaramouche, le bouffon devenait un personnage étonné devant des situations impossibles, qui provoquait un effet de drôlerie immédiat. Du bouffon ostensible Molière tirera un personnage intérieur, tragi-comique : Arnolphe par exemple. Scaramouche savait jouer avec efficacité de son visage comme de son corps. Ainsi le décrit Tallement des Réaux dans ses Historiettes :
Tout aussi tôt que Scaramouche
A commencé d'ouvrir la bouche
Ses sauts, ses postures, ses mots,
Charment les sages et les sots
Et mesme on a vu des belles
En pisser de rire sous elles.
Armel MARIN
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