Né à Londres, élevé à Cambridge, puis étudiant en droit à l'Inner Temple (1555), Thomas Norton fit une carrière politique : il devint City Remembrancer (fonctionnaire chargé des rapports avec la Couronne) et entra au Parlement. Ce puritain, qui traduisit l'Institution chrétienne de Calvin (1561) et exhorta en 1574 le lord-maire de Londres à surveiller les lieux « à peine honnêtes » (scarcely honest) où se donnaient des pièces et à proscrire les « assemblées où des femmes italiennes se livraient à des « culbutes » [tomblings, des danses, sans aucun doute !] lascives, éhontées et peu naturelles » (il est vrai que c'était en période de peste), n'en écrivit pas moins, avec sir Thomas Sackville (1536-1608), la première tragédie anglaise, Gorboduc, jouée devant la reine le 28 janvier 1561 et publiée en 1565.
Gorboduc est une ébauche malhabile et sans grâce de tragédie, mais c'est une pièce qui a du prestige et du poids. Elle vient en ligne droite de Sénèque pour la rhétorique et les discours, et reçut de sir Philip Sidney (1554-1586), qui n'aimait guère les dramaturges ses contemporains, l'éloge célèbre de s'être élevée à la hauteur d […]
