2. L'humaniste : le frère jumeau d'Érasme
Parallèlement à l'homme d'action et de pouvoir s'épanouit en More l'humaniste et le lettré qui vont bientôt enchanter Érasme et l'Europe. Sa rencontre avec Érasme (1499) marque les débuts d'une indéfectible amitié, d'une collaboration et d'une communion intellectuelles fécondes qui coïncident avec les plus belles années de l'humanisme chrétien (1505-1520). Longtemps assoupie, isolée par son insularité du reste de l'Europe, l'Angleterre se réveille enfin avec le siècle et va devenir ce riche foyer culturel, cette « ruche bourdonnante » qu'admirera Érasme en 1519. Un moment tenté par la vie monastique, réfugié à la chartreuse de Londres (env. 1501-1505) où il mène une vie d'ascèse, de prières et d'étude, More participe intensément à ce mouvement de renouveau intellectuel. Il se donne une large culture biblique et patristique, dévore Grégoire, Augustin, Jérôme, Eusèbe, Basile, Jean Chrysostome, Thomas d'Aquin et même Nicolas de Lyre, qu'il juge good and great clerk. Sa bibliothèque, retrouvée, comprendra cent trente-neuf ouvrages latins, quarante grecs et un seul anglais (une traduction du De consolatione philosophiae de Boèce). On retrouve chez lui la même ardeur intellectuelle, le même enthousiasme conquérant, le même désir de possession encyclopédique du savoir que chez son modèle Pic de La Mirandole, dont il traduit la Vie et quelques traités aux environs de 1504 (l'ensemble, The Life of Pico della Mirandola. The Writings of the Same, sera publié en 1511). Comme lui « naturellement joyeux », More orne son âme « de science, de vertu et de sagesse ». C'est à cette époque qu'il devient définitivement, aux côtés d'Alcuin, de Bède le Vénérable, de Jean de Salisbury, et avant Milton, l'un des plus grands latinistes de l'histoire littéraire anglaise, et qu'il perfectionne sa connaissance du grec en compagnie de William Lily, le futur directeur de Saint Paul's School. De leurs exercices studieux naîtront les Épigrammes latines, traduites de l'Anthologie grecque< […]
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