Fils du lord-maire de Londres, Thomas Lodge fut éduqué à l'École des marchands tailleurs et à Trinity College (Oxford). Il fit aussi du droit à Lincoln's Inn (1578), mais la littérature l'attira bientôt. Il se lança dans la controverse en 1580 contre un pamphlet de Stephen Gosson, The School of Abuse (1579), qui traitait les poètes et les comédiens de caterpillars of a commonwealth, « chenilles de la communauté ». Lodge prit ardemment la défense de la poésie, de la musique et des théâtres attaqués par les puritains. Il prit aussi la défense des jeunes gens qui avaient souffert, comme lui, des usuriers : Cri d'alarme contre les usuriers (An Alarm against Usurers, 1584).
Puis, Lodge se fit poète avec Scillaes Metamorphosis (1589), qui raconte, en cent trente strophes de six vers rimés (ce n'est pas la rime royale, qui en comporte sept, et que Shakespeare utilisa dans son Viol de Lucrèce, 1591), l'histoire des amours de Glaucus, fils de Téthys, amoureux de Scilla, qui le repousse. Mais Téthys fait guérir son fils par Cupidon, qui va ensuite frapper Scilla de sa flèche. Voici la Néréide follement éprise ; trop tard, les Furies déchaînées la métamorphosent en ce roc redoutable sur lequel, face à Charybde, les vaisseaux viendront se briser. Moralité : Nymphes, ne laissez pas l'orgueil vous perdre !
Ce texte est le premier de toute une série de poèmes narratifs érotiques, dont les sujets sont tirés des Métamorphoses d'Ovide, cet inépuisable réservoir de mythes : Héro et Léandre (1598) de Marlowe, Vénus et Adonis (1593) de Shakespeare, Endimion et Phoebé (1595) de Drayton, Salmacis et Hermaphroditus (1602) de Beaumont, pour n'en citer que quelques-uns. Tous s'efforcent à la suavité, usent de belles figures conventionnelles : c'est de la poésie d'apparat, splendide, sensuelle, qui conte les amours privilégiées d'un couple déjà divinisé par la légende, qu'une mort tragique, ou une métamorphose en des objets précieux ou horribles, peut à jamais figer. Lodge, esprit romanesque, réussit aussi bien que ses suc […]
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