Baptisé à Londres le 6 novembre 1558, le mois et l'année de l'accession au trône de la reine Élisabeth, Thomas Kyd eut pour père un membre de la Compagnie des scribes (scriveners) — écrivains publics, si l'on veut, ou copistes, pour lesquels les vrais écrivains avaient (bien à tort) peu de respect. C'étaient des gens qui savaient écrire, mais ce qu'on leur dictait ; en somme, des secrétaires. En 1565, le « scrivener » fit inscrire Thomas à l'École des marchands tailleurs, fondation récente de haut renom, où Edmund Spenser, le poète, fit ses études. Kyd devint bon latiniste, apprit assez de français pour traduire en 1593 la Cornélie de Robert Garnier (1545-1600) et assez d'italien pour traduire Il Padre di famiglia du Tasse (1544-1595) sous le titre de The Householder's Philosophy (1588). Il quitta l'école huit ou dix ans plus tard. On ne sait pas grand-chose de ses activités, et rien de précis sur ses fréquentations — Marlowe et ses amis sans doute — jusque vers 1583-1585, où on le trouve associé à la Compagnie de la reine, puis au service d'un lord (on ne sait au juste lequel). La malheureuse année 1593 — malheureuse pour lui et pour Marlowe — le tirera de l'ombre.
1592-1593 : c'est la peste à Londres, le menu peuple souffre du froid, du fléau, du chômage. Une vague de xénophobie parcourt les rues désolées, et l'on écrit et l'on affiche des injures et des menaces contre les « travailleurs étrangers ». Le Conseil privé s'inquiète. On enquête, et le zèle aidant, on arrête Kyd le 12 mai. On avait trouvé chez lui des papiers blasphématoires, établissant l'athéisme de leur auteur, crime puni de la torture et de la mort. Kyd, vraisemblablement sous la torture, jure que ces papiers ne sont pas de lui, mais accuse Marlowe, qui avait habité quelque temps chez lui, de les y avoir laissés. Marlowe est interpellé le 16, mais relâché le 18 (il avait des amis en haut lieu), ce qui ne l'empêchera pas d'être assassiné le 30 à Deptford. Kyd, relâché, mais ravagé par l'épreuve, cherche en vain à retrouver la […]
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