3. La pédagogie « scolastique »
En vérité, c'est en cette période que prend racine et essor la théologie dite « scolastique » : parce qu'elle est élaborée dans les écoles, mais plus radicalement parce qu'elle trouve sa forme littéraire et sa pédagogie dans cet usage organique de la raison. Ainsi se présentent les textes de saint Thomas, dont le style est devenu étranger au lecteur d'aujourd'hui. Ses œuvres, en effet, se répartissent sur les divers paliers d'un enseignement qui va de la lecture des textes de base, en chaque discipline, à la controverse publique. En première zone, la lectio s'attache à l'interprétation littéraire et conceptuelle, qu'il s'agisse de l'Écriture pour le théologien, et déjà dudit Livre des sentences de Pierre Lombard († 1160), manuel devenu officiel (ce fut la première œuvre de Thomas, alors chargé de cours), mais aussi des œuvres des philosophes, Aristote, Platon, Boèce, le pseudo-Denys. Pareille lecture est d'un tout autre genre littéraire que la lecture pieuse, meditatio, qui jusqu'alors, sauf exception, constituait la trame de la théologie monastique, et même celle des grandes œuvres des Pères de l'Église.
Puis, provoquée par une investigation plus rigoureuse et plus critique, se dégage une mise en question du contenu de ces textes, d'où procèdent les quaestiones comme forme littéraire de ce travail, selon les procédés de la dialectique. Sur quoi, par la divergence des interprétations et des solutions, s'organise la « dispute », quaestio disputata, qui est l'acte universitaire par excellence, dans le haut enseignement : les questions disputées sont la grande œuvre de Thomas d'Aquin. Enfin, dans des séances solennelles, se tenaient deux fois par an des disputes d'un genre particulier, où l'initiative de la discussion ne venait pas d'un professeur sur un sujet préétabli et annoncé, mais de l'assemblée des assistants, qui, à leur gré et selon leur caprice, jetaient sur le tapis les problèmes les plus disparates. Thomas tint à Paris douze disputes de quolibet.
C' […]
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