2. La raison théologique
Dans cette perspective, et sans détriment pour chacune des pièces de cette théologie, qui seraient à situer dans l'histoire des doctrines chrétiennes, c'est l'inspiration générale de l'entreprise qu'il faut déterminer. On pourrait la ramener à deux axes qui, chacun selon son dynamisme, se recoupent à travers les divers domaines de leur développement : la théologie de saint Thomas s'articule, se construit, sous la lumière d'une confiance active en la raison et d'une référence constante à la nature. On aura reconnu là l'imprégnation de la culture grecque, dont on a mentionné la découverte : logos et phusis, double dimension de la foi du chrétien, qui incarne ainsi la Parole de Dieu dans le tissu de l'esprit comme dans les causalités de la nature. Optimisme surprenant pour beaucoup et, dès ce moment, contesté sous l'influence alors dominante de la théologie de saint Augustin, beaucoup plus sensible à la détresse de l'homme et à la faiblesse de la raison, en tout cas, polarisée par une nécessaire référence aux « idées » divines, non sans dommage pour l'autonomie des réalités terrestres. Ce fut là précisément l'enjeu des controverses que mena Thomas à Paris, dans une crise dont on ne peut réduire la portée à une querelle de professeurs.
Certes, depuis toujours, les docteurs chrétiens avaient fait honneur à l'intelligence de l'homme, et leurs pires sévérités contre l'orgueil de l'esprit ne les empêchaient pas de voir en cet esprit une participation à la lumière de Dieu. « Aime beaucoup l'intelligence », disait Augustin dans l'une des plus capiteuses formules de l'intellectualisme chrétien. Mais cette estime laissait une grande marge au jeu de la confiance et de la réserve, dès lors que la raison s'affrontait organiquement au mystère auquel l'esprit n'adhère que par une communion dans l'obscurité de la foi. Dans la transcendance des objets comme dans la réaction du sujet connaissant, le dénivellement épistémologique provoquait des comportements et des décisions fort variab […]
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